Azalaïs Monahan
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Azalaïs Monahan ─ Dim 10 Juin - 20:46
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Azalaïs Monahan


“Mieux on encaisse, plus on survit”



27 ans
Originaire de Volg
Vassalité : Ou ses pas la mènent
Statut social : Vagabonde
Son métier : Mercenaire à la petite semaine/cambrioleuse
de bas étages/magouilleuse


Caractère


Avant toute chose, Azalaïs est une survivante. Elle a été jusque là capable d'encaisser tout ce que la vie s'est pris la peine de lui envoyer, et elle le doit autant a une impressionnante capacité d'adaptation qu'a une force mentale peu commune. Débrouillarde, elle apprend vite, appréhende facilement les nouvelles situations et jusque là, elle a toujours trouvé un moyen de s'en sortir.
Elle aborde la vie avec un fatalisme cynique et une conscience crue et sans concessions de la dureté du monde. Elle a bien retenu les leçons de son enfance et fait presque toujours passer sa petite personne avant quiconque, n'hésitant pas à abandonner ses camarades si nécessaire. Cependant, elle n'a pas pour autant le cœur glacé, et sa conscience la taraude parfois sur les conséquences de ses actes. Elle n'a pas un mauvais fond, par ailleurs, et si elle n'a aucun scrupule à détrousser son prochain, elle n'aime pas tuer et ne le fait généralement qu'en dernier recours. Elle n'a guère de plaisir à voir les autres souffrir, elle peut même faire preuve de gentillesse spontanée si ça ne lui coûte rien. Pas mauvaise, donc, juste égoïste. Chacun ses malheurs, et à moins que vous lui soyez cher, les vôtres ne l'intéressent pas.
Elle se définit comme quelqu'un de prudent, mais cette attitude tient plus de la lâcheté que de la sagesse. Elle préférera le plus souvent fuir les problèmes plutôt que de les affronter. Si elle n'a pas le choix, elle peut faire preuve d'un surprenant courage, mais qui s'apparente davantage à la résistance instinctive d'un animal blessé qu'à une véritable bravoure. Sous le coup de l'émotion, il lui arrive aussi parfois de craquer et d'agir de manière irréfléchie.
Azalaïs sait se contenter de peu, mais elle rêve de richesse et de confort. Elle aime l'argent, les belles parures, les beaux vêtements. Il est aisé d'acheter son affection. Vénale, elle est capable de rejeter la plupart de ses principes, surtout ceux concernant la prudence, si la récompense est à la hauteur.
Au quotidien, elle se comporte avec une assurance un peu crâneuse et un flegme caustique qui fonctionnent généralement avec ceux qui ne la connaissent pas, et contribuent à cimenter l'image de mercenaire dure à cuire qu'elle entretient soigneusement et qui constitue sa meilleure défense. Sa gouaille franche, son sourire et son sens de l'humour peuvent la rendre attachante. Elle rit beaucoup et fort, flirte volontiers avec la gent masculine, n'a guère de tabous en ce qui concerne la sexualité. Elle n'est pas infidèle, vous dira-t-elle, parce qu'elle ne promet jamais rien en matière de cœur et ne cache à personne qu'elle refuse de tomber amoureuse ou d'envisager de se marier. Ce qui ne l'empêche pas d'utiliser ses charmes pour parvenir à ses fins lorsqu'elle l'estime nécessaire. Les promesses, de toute façon, quand elle en fait, ne la lient guère, et elle ne voit aucun problème à se parjurer.
Elle peut faire preuve de mesquinerie, surtout si elle se sent en position de faiblesse, et n'a par ailleurs aucun réel sens de la propriété... à moins que les objets lui appartiennent. Les cadeaux qu'elle reçoit, particulièrement, lui sont extrêmement précieux, puisqu'ils sont autant de marques d'une affection qu'au fond, elle recherche désespérément. Car Azalaïs a passé une longue partie de son enfance dans un environnement sans amour, et cherche constamment à combler ce vide sans vraiment en avoir conscience. peut-être est-ce pour cela qu'elle collectionne les conquêtes... En effet, bien qu'elle se la joue « belle enjôleuse sans états d'âme », la vérité est qu'elle a plutôt trop d'amour à donner que pas assez, et s'attache trop facilement à son goût. D'autant que tous ceux qui lui deviennent chers semblent mourir tôt ou tard. Dites-le lui, et bien évidemment, elle niera farouchement.
Il est aussi à relever qu'elle n'a guère d'éducation. Son parler est déplorable et marqué par un accent plébéien à couper au couteau, elle est grossière, inculte et peu sophistiquée. Elle ne sait ni lire ni écrire. Elle aime les divertissements populaires, les combats organisés, les paris, la musique et les bonnes histoires, la nourriture roborative et l'alcool bon marché.
Enfin, Azalaïs est ce qu'on pourrait appeler un esprit libre. Elle n'aime ni les murs, ni les cages, et bien qu'elle apprécie le confort, elle refuse catégoriquement toute forme d'enfermement. Pourtant, cela n'en fait pas pour autant une rebelle au sens propre, du moins pas au sens politique du terme. Trop individualiste pour se soucier de la société en général, trop fataliste pour espérer changer le monde, elle vit en marge de l'ordre établi mais ne le remet pas en question. Là encore, elle s'adapte à ce qu'attend son interlocuteur, c'est la meilleure manière de survivre. Elle s'adresse donc respectueusement à ceux qui lui sont socialement supérieurs, même s'il lui arrive parfois de laisser échapper tout haut ce qu'elle pense, y compris quand ce n'est pas le plus sage... ou le mieux exprimé.


Physique


Azalaïs est jolie, elle a au moins cette chance. Elle aurait préféré être belle, mais on ne peut pas tout avoir. Elle manque de distinction, c'est certain, pour se réclamer de la véritable beauté, mais elle possède tout de même quelques avantages. Un joli visage aux traits réguliers, un lumineux sourire, si l'on omet le petit morceau d'incisive manquant, perdu au cours de l'une des innombrables bagarres de son enfance. Sa peau pâle est piquetée de quelques taches de rousseur, et son épaisse chevelure auburn, qu'elle refuse de couper, est généralement rassemblée en une natte qui se défait au fil du temps. Lorsqu'elle en a le temps, elle aime tresser ses cheveux de manière plus complexe. Ses yeux sont d'un marron chaud, ses sourcils sombres et légèrement froncés.
De petite taille, sans être minuscule, son corps porte encore les stigmates des privations dont elle a souffert étant jeune. Maigre, les formes modestes, elle arbore ça et là quelques cicatrices, inévitables dans son métier, principalement sur les bras et les jambes. Ses mains fines présentent quelques cals, et il lui manque une phalange à l'annulaire gauche. Elle aime dire en riant qu'elle l'a tranché pour que jamais une alliance n'y tienne, mais la vérité, c'est qu'elle a pris un coup de lame lors de ses premières années de mercenariat.
Elle arbore souvent une moue boudeuse qui ne lui va pas vraiment, mais ses traits s'éclairent sensiblement lorsqu'elle sourit, ce qui arrive régulièrement. Son rire est communicatif, sa voix plutôt agréable, y compris quand elle chante ; bien qu'elle soit loin d'avoir un réel talent dans le domaine, elle est capable de fredonner plutôt juste.
Sa vie de vagabonde ne lui permet pas toujours une hygiène irréprochable, néanmoins, lorsqu'elle le peut, elle se lave régulièrement et préfère être propre. Elle n'a guère d'argent à perdre en maquillage et en parfums, même si elle aimerait bien, mais presse lorsqu'elle en trouve des herbes odorantes sur sa peau et ses cheveux. Elle porte des vêtements simples, maintes fois reprisés, mais qui dénotent tout de même la recherche d'une certaine élégance, dans la mesure de ses moyens. La boucle de sa ceinture, faite de métal brillant, tente de faire croire qu'elle est en argent mais ne fait guère illusion pour qui s'y attarde vraiment. Une cape d'un marron foncé terne la protège du froid et des intempéries, et autour de son cou, elle enroule fréquemment un foulard. Elle arbore parfois quelques bijoux modestes, généralement sans réelle valeur, qui sont surtout des cadeaux d'amis ou d'amants. Enfin, elle traine avec elle une vieille sacoche de cuir à moitié moisie et une demi douzaine de gris-gris divers et variés censés lui porter chance.


Histoire


Quand Harion Monahan revint enfin dans le petit village de Terresang qui l'avait vu grandir, après avoir travaillé huit ans comme marin à bord d'un navire de transport, il avait avec lui un petit pécule, une jambe de bois et une épouse emeraldienne.
Le pécule représentait huit ans d'économies. Monahan était un gars sérieux, de l'avis général, et le fait qu'il ait bel et bien gardé son argent tout ce temps, plutôt que de le perdre au jeu comme la plupart des matelots, confortait les villageois dans leur sentiment. Il n'y avait certes pas une fortune, mais assez pour construire une petite fermette, acheter quelques poules, des chèvres, peut-être même une vache.
La jambe de bois lui partait du genou, elle remplaçait celle qu'il avait perdue lors d'une attaque de pillards tassilien, au large de Valacar. C'était le charpentier du navire, son ami, qui la lui avait faite sur mesure. Elle lui permettait de marcher presque normalement, avec une surprenante agilité.
L'épouse s'appelait Moira. Au début, elle fit hausser quelques sourcils dans la petite communauté. C'est normal, elle n'était pas d'ici. Qu'elle soit Euratienne ne comptait guère aux yeux de ces gens pour qui tout ce qui se situait à plus d'une journée de cheval était étranger. Mais elle était aimable, modeste et travailleuse. Quand au bout de quelques mois, son ventre commença à s'arrondir, même les plus sceptiques durent admettre que Monahan avait sans doute bien choisi.

Azalaïs naquit dans la fermette toute neuve. Son père avait préféré acheter un couple de porcs en lieu et place d'une vache, et empruntait celle du voisin quand il devait labourer son champ. Les premiers souvenirs de la gamine furent plutôt heureux. La vie n'était pas facile, sur la côte battue par les vents, mais ils ne manquaient pas de l'essentiel et se passaient du reste sans se plaindre. Il y avait des moments tristes, comme lorsque son petit frère ne passa pas l'hiver, et des moments heureux, comme lorsque naquit une sœur qui, elle, tint bon. Azalaïs commença à apprendre à filer, elle gardait les chèvres, et le soir, au coin du feu, elle écoutait son père leur raconter les mille et un endroits réels et imaginaires qu'il avait sois-disant visités lorsqu'il était marin.

Elle avait cinq ans quand tout pris fin brutalement. Les Khöz fondirent sur le village tels des loups, pillant ce qui pouvait être pillé, tuant ce qui pouvait être tué, brûlant le reste. Seuls une poignée de survivants parvinrent à se cacher dans les bois et à échapper aux barbares. On comptait parmi eux Azalaïs et sa mère, qui était à nouveau enceinte. Ni la sœur, ni le père n'avaient survécu, et la fermette était en cendres.

Ils n'étaient pas assez pour reconstruire. La plupart des rescapés avaient de la famille plus loin de la frontière chez qui se réfugier. Moira avait un collier qui venait Tassilie, cadeau de mariage de son époux, et de la famille à Evalon. Elle emmena sa fille restante jusqu'à un bourg proche et vendit le collier contre deux places dans une petite compagnie marchande qui descendait vers le sud.

Le voyage fut long, mais elles eurent de la chance, car le maître de la caravane était un homme bon qui les prit sous son aile. Encore traumatisée par les récents événements, Azalaïs réapprit peu à peu à vivre au contact des marchands et des mercenaires qui protégeaient le convoi. Quand ils atteignirent enfin Evalon, elle parlait à nouveau, et il lui arrivait même de rire, quoique discrètement.

Ça ne dura malheureusement pas. Elles dirent adieu à leurs amis caravaniers à la grande foire de de la capitale. Moira partait à la recherche de sa parentèle, sa fille sur ses talons, quand une grande douleur lui enflamma le bas du ventre. C'était trop tôt, pourtant. Elle parvint tant bien que mal à se traîner jusqu'au temple le plus proche, ou les prêtres la portèrent à l'intérieur, leurs visages inquiets et fermés. Il y avait du sang. Azalaïs avait peur. Ces hommes austères ne lui disaient rien qui vaille.

Moira mourut en donnant naissance à un fils, prématuré, qui la suivit dans l'au-delà quelques heures plus tard. Ce fut une affaire terriblement sanglante, toute en cris et en hurlements de douleur. Terrorisée, la gamine se pelotonna dans un coin, se bouchant les oreilles et sanglotant pathétiquement. Quand les prêtres lui annoncèrent le décès de sa mère, quelque chose en elle se brisa. Tous ces étrangers la terrorisaient, avec leurs longues faces sérieuses et le sang de sa mère encore sur leurs mains. Elle prit la fuite.
Elle voulait désespérément retrouver la caravane qui les avaient conduites ici, des visages connus, amicaux, quelque chose, n'importe quoi qui lui soit familier et puisse la rassurer. Mais Evalon est grande, et elle avait cinq ans. Épuisée, terrifiée et perdue, en proie à un chagrin terrible, elle finit par s'effondrer dans un coin de ruelle et sombrer dans un sommeil salvateur. Elle n'était pas allée très loin, et les prêtres la retrouvèrent sans mal. Ils la confièrent à un orphelinat du quartier.

Il y a des endroits ou les orphelins sont recueillis par des gens aimants, attentifs, animés par un réel désir d'aider les enfants dans le besoin. L'hospice de Rougepierre n'était pas de ceux-ci. L'homme à la tête de l'établissement, un vieillard aux membres aussi secs que son cœur, recevait de généreux dons pour financer son activité philanthrope. Malheureusement, les gamins n'en voyaient que peu la couleur. On leur donnait de quoi vivre, mais guère plus, et les seuls vêtements qu'ils possédaient était des haillons troués, et des tenues toutes neuves dans un placard fermé à clé, qu'ils n'étaient autorisés à revêtir qu'en cas de visite. Il fallait bien maintenir les apparences.
Les pensionnaires étaient dans l'ensemble livrés à eux-mêmes. Il y avait bien des règles, il y avait bien des cours, mais les professeurs ne se souciaient guère d'enseigner quoi que ce soit, et d'eux, Azalaïs n'apprit rien, si ce n'est de se taire par peur des coups et se faire oublier.
De ses camarades d'infortune, par contraste, elle apprit beaucoup. Elle apprit le chacun pour soi et la loi du plus fort. Elle apprit à donner son quignon de pain aux plus grands pour ne pas finir le nez en sang, et à menacer les plus petits pour leur prendre le leur. Elle apprit à courir vite et à escalader le mur de l'étable pour se mettre hors de portée des plus balourds, et à se rendre utile aux plus forts pour gagner leur protection. Elle apprit à rendre les coups quand elle avait une chance de gagner, et à cacher sa tête dans ses mains et se rouler en boule en attendant que ça passe quand elle savait qu'elle n'aurait jamais le dessus.
Elle grandit malgré tout, peu, mais assez pour que cela finisse par se voir. Les jeunes filles ne restaient jamais bien longtemps à Rougepierre après la puberté, et l'on avait une assez bonne idée de ce qui leur arrivait. La carrière de prostituée ne tentait guère Azalaïs. Elle résolut donc de s'enfuir.

Ce ne fut pas bien difficile, en vérité. C'était la peur plus qu'une véritable sécurité qui gardait les gosses à l'intérieur, et son évasion n'était pas la première. Comme elle n'était pas du genre à faire les choses à moitié, elle mit le feu aux classes pour faire diversion et grimpa sur le toit de l'étable. Elle avait préparé une corde faite de vieux draps pour descendre jusqu'à la rue. Les draps étaient si mités qu'ils lâchèrent alors qu'elle était à mi-chemin, mais elle s'en tira avec quelques bleus. Elle se releva et courut.

Son ingénieux plan d'évasion s'arrêtait plus ou moins là, et elle se retrouva donc à errer dans les rues, se disant qu'emporter quelques vivres n'aurait sans doute pas été un luxe, et sans doute plus utile que le petit couteau de cuisine qu'elle avait subtilisé. Elle ne savait que faire, mais elle avait une certitude, cependant, et c'était de détester Evalon du plus profond de son être. Elle décida donc de quitter la ville.

Elle marcha de longues heures dans une direction choisie au hasard, qui s’avéra être le sud-ouest. Elle passa les faubourgs, tenta de voler une tourte à un marchand ambulant, se fit repérer, pris la fuite, trébucha avec son butin et se releva les mains vides pour reprendre sa course. Sa deuxième tentative de rapine, une pomme, fut plus fructueuse, mais il s'en fallut de peu.
Elle laissa enfin la ville derrière elle et erra un moment sur la route, la faim au ventre et les larmes aux yeux, le corps couvert d'ecchymoses. Elle commençait à s'interroger sur le bien-fondé de sa décision. La prostitution n'était peut-être pas si terrible, après tout. Au moins, les filles de joie mangent généralement à leur faim.

Elle atteignit finalement un relais de voyageur à quelques lieues de la capitale. La nuit était tombée, et de la bâtisse s'échappaient des fumets de nourriture, des chants et des rires. Tel le papillon hypnotisé par une flamme, elle s'approcha.

L’œil collé à une fente entre la porte et le mur, elle observait la disposition intérieure, réfléchissant à un moyen de se faufiler jusqu'aux cuisines pour chaparder quelque chose, quand un des hommes affalés au bar se leva tant bien que mal et tituba vers la sortie, répondant à l'irrévocable appel de la nature. Azalaïs se dissimula dans l'ombre et le regarda se diriger vers les buissons. Il était ivre, de toute évidence, il tenait même à peine debout. A sa ceinture pendait une bourse qui devait encore contenir quelques piécettes, peut-être assez pour se payer un repas... Si elle parvenait à s'approcher discrètement, vu son état, peut-être ne se rendrait-il pas compte que...

Il s'en rendit compte. Il n'était peut-être pas si soûl, finalement, ou il dégrisait vite. Plus probablement, elle avait largement surestimé ses talents de tire-laine. Il lui saisit le poignet d'une main puissante et la fit basculer au sol, tirant une lame qu'il pointa vers sa gorge. Elle poussa un cri de surprise, puis se figea.

Malgré la pénombre, elle reconnaissait le visage qui lui faisait face. Elle l'avait connu huit ans auparavant, lors du long voyage qui les avait menées, sa mère et elle, jusqu'à la capitale. Mercenaire, il escortait le convoi de foire en foire. Comme beaucoup des membres de la caravane, il s'était alors pris d'affection pour la mioche, et s'était montré gentil avec elle. Les gens dont elle pouvait dire une telle chose étaient assez rares pour qu'elle se souvienne de leur visage, et même de leur nom. Anthelme. Il s'appelait Anthelme.

Elle cria son nom, et lui, surpris, interrompit la raclée qu'il s'apprêtait à lui coller. Il mit quelques instants à se rappeler qui elle était, en partie parce qu'il était bel et bien passablement cuit, mais aussi parce que s'il fallait être totalement honnête, il avait à l'époque eu davantage les yeux sur la jolie mère que sur la fille. Notant les ecchymoses, les yeux rouge, le ventre creux, il la remis rudement sur ses pieds et la traîna à l'intérieur. Là, il la fit asseoir, lui commanda un bol de soupe, et lui fit raconter son histoire. Moitié terrorisée, moitié soulagée, elle vida sa pitance en un éclair, et elle raconta tout. A la fin du récit, elle était si épuisée qu'il la porta jusqu'au lit qu'il avait réservé dans le dortoir et la laissa dormir jusqu'au matin.

L'Anthelme ne savait guère que faire de cette gosse à demi morte de faim qui avait tenté de lui prendre sa bourse, mais il réalisa dès le lendemain qu'elle semblait décidée à le coller comme une tique, et il ne put se résoudre à la chasser. Il l'emmena.

Pour la première fois depuis longtemps, Azalaïs connut une période heureuse. Le mercenaire parcourait le pays, escortant les marchands de foire en foire, et elle marchait sur ses talons, observant et découvrant le monde, retrouvant les souvenirs d'une enfance perdue. Il exigea qu'elle se rende utile, et elle fit de son mieux pour apprendre à cuisiner, faire du feu et repriser les vêtements. Elle insista si bien et si longtemps qu'il finit par lui apprendre les rudiments du combat, et même à se servir de sa lourde arbalète, bien que la jeune fille peine même à la soulever.
Les années passèrent, et la mioche en haillons qu'il avait recueillie se changea peu à peu en une jeune fille relativement jolie, même si les privations de son enfance avaient laissé leur marque. Le mercenaire buriné n'était pas insensible au charme frais de la jeunesse, et elle allait sur ses seize ans lorsqu'ils passèrent la nuit ensemble pour la première fois.
Azalaïs n'était pas réellement amoureuse de cet homme bien plus vieux qu'elle, et qu'elle considérait davantage comme un père de substitution que comme un amant potentiel, mais elle avait pour lui une affection sincère et ne voyait guère d'objection à exprimer son sentiment de cette manière, si c'était ce qu'il voulait. Du reste, il n'était pas brutal, et elle trouva la chose plutôt plaisante.

Elle tomba enceinte une première fois à l'âge de dix-sept ans. Elle mit quelques mois à réaliser son retard, et passa les suivants dans la terreur la plus complète. Elle n'oubliait pas ce qui était arrivé à sa mère, et se comporta durant tout ce temps comme une condamnée que l'on mène à l'échafaud, pour le plus grand agacement de l'Anthelme. Les femmes mettent tout le temps des enfants au monde, pourquoi s'en formaliser ?
Elle n'avait peut-être pas entièrement tort, cela dit, car l'accouchement se passa fort mal. L'enfant se présenta mal, Azalaïs s'évanouit maintes fois, et son âme dansa fort près de la main de Tamas. Le dieu, pourtant, décida plutôt de prendre le petit, à moins que ce soit la sage-femme qui ait elle-même fait ce choix. Quoi qu'il en soit, Azalaïs survécut, miraculeusement.
Elle mit du temps à se remettre. L'Anthelme, penaud d'avoir si cavalièrement moqué les inquiétudes de sa protégée, lui fit cadeau pour la réconforter d'une arbalète, qu'il avait fait faire spécifiquement à sa taille. Aujourd'hui encore, il s'agit de la possession la plus chérie de la jeune femme.

Étaient-ce les mille gris-gris, colifichets, potions et charmes qu'elle achetait désormais sans cesse pour se prémunir d'une nouvelle grossesse qui fonctionnèrent bel et bien, ou la machinerie de sa chair avait-elle été abîmée par l'épreuve ? Toujours est-il qu'a son grand soulagement, ce fut l'unique fois qu'elle tomba enceinte. Au bout de quelques mois, elle avait suffisamment repris de forces pour repartir sur les routes aux côtés de son mentor. Ils errèrent ainsi quelques années, formant un tandem qui fonctionnait bien, parcourant le pays.

Bien sûr, toutes les bonnes choses ont une fin, c'est une règle qu'Azalaïs a fini par considérer comme immuable. La fin, cette fois-ci, pris la forme d'une attaque de brigands lors d'une escorte routinière, et d'une flèche qui vint se ficher droit dans la gorge d'Anthelme. Le mercenaire mourut sans même s'en rendre compte. Dévastée, une fois de plus, elle l'enterra au pied d'un arbre et repris la route, seule et la mort dans l'âme.

Il s'avéra bien plus difficile de trouver un poste sur les routes en tant que femme, sans la présence du vétéran à ses cotés pour se porter garant de sa compétence, la protéger des attentions déplacées, et faire jouer sa réputation bien installée qui leur avait toujours fourni du travail. Elle dénicha bien quelques vieux clients qui acceptaient de l'engager, en souvenir d'Anthelme, mais elle compris bien vite que pour survivre seule, elle allait devoir développer d'autres talents. Elle appris à faire jouer ses charmes auprès de collègues masculins qui acceptaient alors de se faire engager en tandem, tant parce qu'elle usait bien de son arbalète que pour le plaisir de sa compagnie. Elle papillonna un temps de cette manière, vivotant d'un contrat à l'autre sans vraiment réussir à gagner sa vie aussi bien qu'auparavant.

C'est à la foire de Myrrhe qu'elle rencontra Gareth. Le jeune homme avait à peu près son âge et dirigeait une petite bande de vauriens qui s'introduisaient de nuit dans les maisons mal gardées de la haute société pour les piller sans vergogne. Il avait une ambition qui impressionnait Azalaïs, se donnait des airs de caïd qui lui plurent. Ils devinrent amants et il la convainquit de rejoindre sa bande, faisant miroiter des richesses bien plus faciles à obtenir qu'en errant sur les routes, une vie de confort et de liberté dont elle n'avait jusque là fait que rêver. Bien que ses précédentes expériences en rapines n'aient pas été de francs succès, la mercenaire apprit assez rapidement les ficelles de ce nouveau métier, pour lequel elle révéla finalement des dispositions bien supérieures à celles dont elle faisait preuve en combat rapproché. Il lui fallut peu de temps pour comprendre comment charmer un loquet ou ouvrir une fenêtre depuis l'extérieur. Les premières semaines, elle fit le guet, observa et apprit. Avec le temps, elle se joignit plus activement aux escapades de la petite bande, et pendant un temps, tous semblait se passer pour le mieux. Ils firent un ou deux coups raisonnablement ambitieux qui leur apportèrent un joyeux pactole, qu'ils se divisèrent presque équitablement pour aller ensuite boire et jouer leur fortune jusqu'au dernier sous dans les tavernes du port. Tout se passait pour le mieux.
Mais bien vite, Gareth et les siens ne se contentèrent plus de quelques rapines dans les quartiers bourgeois. Ils voulaient plus, ils voulaient faire des coups d'éclat, ils voulaient devenir riches. Pour ce faire, il leur fallait voir plus grand, et tandis qu'ils multipliaient les cambriolages, ils finirent par marcher sur les plates bandes d'une bande rivale, installée à Myrrhe depuis bien plus longtemps qu'eux. Ces truands, menés par un malfrat chevronné nommé Jored, étaient plus nombreux, mieux armés et bien plus méchants qu'Azalaïs et ses petits camarades. Ils se seraient sans doute contentés de voir ces petits arrivistes leur prêter allégeance et leur céder une partie de leurs gains, mais Gareth était trop fier et présomptueux pour accepter pareille proposition. Contre l'avis d'Azalaïs et d'une partie de la bande, il répondit à l'offre par des insultes, persuadé que Jored n'aurait pas le cran de prendre des mesures.
Ce soir-là, Azalaïs arriva en retard à la taverne du Chien Ivre, leur repaire favori. Elle avait tenté de s'approprier une bourse en chemin, mais malgré ses talents maintenant solides pour l'ouverture des portes et l'escalade nocturne, la fauche de rue n'était toujours pas son fort, et elle avait du courir sur les toits une bonne heure pour enfin semer ses poursuivants. Elle était sauve, cependant, et elle avait une merveilleuse histoire de garde s'étalant dans un tas de poisson à raconter à ses petits camarades. Ça allait être une belle soirée.
Mais en arrivant en vue du bouge, elle aperçut bon nombre de silhouettes sombres et armées qui y entraient d'un air décidé. Elle se dissimula dans l'ombre d'une ruelle. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre ce qui était en train de se passer. Il y eut quelques hurlements, quelques cris, puis des bruits de combat. Le tavernier et une poignée de clients sortirent de l'établissement en courant. Ni Gareth, ni aucun de ses camarades ne fit de même. Le cœur battant à tout rompre, la jeune voleuse attendit, pelotonnée contre un mur, que les tintements de métal cessent et que les éclats de voix s'éteignent. Les intrus quittèrent la taverne comme ils étaient venus, et Azalaïs se glissa à l'intérieur.
Les corps jonchaient le sol, certains tués sur le coup, d'autre s'étant vraisemblablement bien battus, mais vaincus par le nombre. Elle fixa, médusée, le corps décapité de Gareth, et trouva la tête manquante trônant sur le comptoir. Elle se retint contre un mur pour ne pas s'effondrer et vomit. Mais elle avait à peine fini de vider son estomac qu'elle entendit d'autres bruits venant de l'extérieur : La garde, prévenue par le tavernier, se précipitait sur les lieux. Sans demander son reste, elle prit la fuite.

Elle ignorait dans quelle mesure les hommes de Jored comptaient finir le travail, mais elle n'avait aucune intention de rester pour le découvrir. Elle quitta la ville dans la précipitation, et reprit sa vie d'errance, cherchant tant bien que mal des petits boulots de mercenaire ou elle le pouvait, et mettant à profit ses nouveaux talents quand l'occasion se présentait de dérober quelque chose de valeur. Pour changer d'air, elle partit un temps pour La Croix des Espines. Elle veillait cependant toujours à rester discrète. Pas de gros coup, pas d'action d'éclat, rien qui puisse attirer l'attention d'une quelconque concurrence. Elle avait semble-t-il retenu la leçon. Vagabonde miteuse, elle survivait au jour le jour, escortant une caravane par ci, dévalisant un voyageur par là, parfois en solitaire, plus souvent en bande avec d'autres crapules sans envergure auxquels elle ne s'attachait guère et qu'elle quittait bien vite.


Compétences



  • Discrétion - 2

  • Larcins (crochetage) - 2

  • Armes de jet (arbalète) - 3

  • Armes blanches (dagues) - 1

  • Subterfuge - 2

  • Sport (escalade) 2

  • Erudition (géographie euratienne) - 1


  • Derrière l'écran



    Êtes-vous majeur ? Toujours
    Avez-vous lu le règlement ? Validé par le Chroniqueur
    Comment-êtes vous arrivé sur Les Serments d'Eurate ? En aeronef
    Une suggestion ? Libérez les rivières !
    Ce personnage est-il un DC ? Si oui, de qui ? DC d'Alixane de Valbruine




    Re: Azalaïs Monahan ─ Dim 10 Juin - 22:54
    avatar
    Ce personnage m'en rappelle un autre... Rolling Eyes

    Rebienvenue toupine !


    Re: Azalaïs Monahan ─ Lun 11 Juin - 15:49
    avatar
    Hallo Alixazalaïs et bien re-venue sur Eurate ^^

    Ta fiche est très bien, je n'ai rien à redire à son sujet (enfin, je vais bien avoir quelque chose puisque sinon il y aurait eu le petit cadre "validée", mais ce n'est pas grand chose ^^)

    En fait il y a juste deux points sur lesquels je veux revenir pour être sûrs qu'il n'y ait pas de malentendu.
    Tout d'abord si tu choisis de vivre une vie sans vassalité cela veut aussi dire que tu vis une vie où n'importe qui peut te pourchasser même si tu n'as rien fait de mal ^^
    Ensuite concernant l'arbalète, si cette technologie existe sur Eurate, elle n'est que très peu poussée ce qui fait que les arbalètes en question ressemblent globalement à ça et nécessitent plusieurs minutes pour recharger un careau.



    Je voulais te faire ces précisions au cas ou tu souhaiterais apporter des modifications par rapport à ces points, je te laisse donc répondre ici et, si tout reste tel quel, tu seras validée dans la foulée Wink
    Re: Azalaïs Monahan ─
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