Déjà, la nuit.
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Re: Déjà, la nuit. ─ Sam 9 Juin - 22:53
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    Almarine de Servalan
    Artiste peintre
    Un souffle de vent, plus rien. Les secondes égrenées sur le fil des mots, tout doucement, dans le noir qui tombait plus amplement sur les jardins. Les lumières vacillaient, s'éteignaient, tout sombrait petit à petit.

    Almarine sourit. Elle était restée, oui. Et même si elle ne l'avouerait pas, elle en était contente, pour d'obscures raisons qui n'auraient peut-être plus de sens le lendemain, mais qui pour l'heure était bien suffisantes. Confier quelque chose à la nuit et laisser le reste pour l'aube qui viendrait bien assez tôt, joindre des solitudes jumelles qui s'effleuraient l'espace de quelques heures. Elles étaient semblables, oui, celle de la peintre qui avait trop de fierté pour s'ouvrir aux autres, et celle du chevalier qui n'avait plus personne à qui se confier. L'une qui ne le pouvait pas, l'autre qui le voulait, mais n'avait personne pour écouter, une de ces ironies grinçantes dont le monde avait le secret.

    Tout le reste était loin. Englouti dans la noirceur, la lassitude et le vin, comme si tout cela avait été dépassé. Almarine se sentait flotter, détachée du reste, et un grand calme semblait tomber des étoiles avec la rosée. Il faisait frais, à présent, le vent marin faufilait son souffle au ras des murs et des bassins, glissait à rebrousse-poil sur le miroir des eaux claires qui se ridaient délicatement.

    Il y eut un froissement infime quand Ysomir se redressa pour prendre sa main, et elle sembla amusée du geste : elle ne s'y était pas tout à fait attendue mais il fallait avouer que le moment était plus que propice. Elle ne pouvait lui en tenir rigueur, d'autant que cela semblait plus que jamais être dans ses manières, sans brusquerie, sans se montrer vraiment envahissant. Elle admettait la présence, le contact, la proximité qui revenait, parce qu'elle lui semblait presque naturelle et qu'elle s'imposait comme une évidence. De nouveau, elle lui sourit, doucement, et hocha gracieusement la tête en réponse à son remerciement, sans le quitter des yeux.

    Elle s'amusa de la distance qui s'était abolie, à présent ; il tenait sa main dans la sienne et elle n'aurait eu qu'à se pencher un tout petit peu pour l'embrasser. Son regard s'égara peut-être sur sa bouche, un tout petit, et elle baissa légère les paupières dans un battement de cils. Son sourire léger demeurait accroché à son visage fin, débarrassé de toute sa sévérité naturelle, alors que se formulaient quelques inavouables pensées dans son esprit. Elles ne demeureraient que des pensées, sans doute, mais enfin, elles n'avait rien de désagréable et c'était même plutôt plaisant de savoir que tout était suspendu à un mot, un geste, une parole qui étaient toutes siennes. Peut-être plus tard, peut-être un autre jour.

    Il avait juré, il n'outrepasserait rien sans qu'elle n'en eut exprimé le souhait et l'espace d'un moment, Almarine ne put s'empêcher d'en jouer un tout petit peu, esquissant un soupçon d'insolence dans le regard qu'elle posait sur lui. Un esprit aussi rétif et caractériel que le sien ne pouvait vraiment résister à la tentation de jouer un petit peu avec le feu et de savourer le contrôle exercé sur autrui. Elle trouvait une revanche infime, dans le fait de savoir qu'une petite peintre comme elle pouvait tenir en respect un chevalier rompu aux armes qui l'aurait brisée en deux sans aucun effort.

    Et puis, le contact se rompit, et elle remit de la distance entre eux, une fois de plus. Elle hésita un instant et finit par céder, et s'allongea à son tour dans l'herbe, non sans laisser échapper un soupir d'aise quand elle reposa enfin sur le dos, près de lui. Le ciel d'été s'ouvrait tout grand face à elle, à peine dissimulé ça et là par le feuillage des arbres environnants, et au milieu de leur cadre découpé en noir comme une dentelle, la lune et tous les astres scintillaient dans un grand et calme vertige.

    - Je suis contente d'être restée, dit-elle à mi-voix en souriant à l'obscurité.

    Elle ferma les yeux, écoutant la brise, le souffle, les eaux profondes. Là. Le temps suspendu de nouveau, un présent infini, et tout indice du passage des secondes qui disparaissait peu à peu. La respiration lente égrenait des instants plus longs que des ans, comme un point d'équilibre.


    Re: Déjà, la nuit. ─ Dim 10 Juin - 13:15
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    “Je suis contente d'être restée”

    Ysomir était bien. Bien comme il était rare de l’être. Le parfait cocktail entre l’ivresse, le calme, la proximité, l’envie, la douceur.
    Il inspire, gardant la tête tournée vers celle qui contemple désormais les étoiles. Pensif, apaisé, reposé, Ysomir profite de cet instant qui semble suspendu dans le temps, marchant sur le fil séparant doux rêve et réalité.

    Comme si, une fois installés sur ce parterre d’herbe, ils étaient entré dans une bulle, où le temps n’est pas le même, où tout est plus doux, tout est plus vrai.

    “Je ne voudrais être avec personne d’autres en cet instant. J’aimerais que vous restiez jusqu’à l’Aube. C’est un instant que j’aimerai partager avec vous. Un symbole de ma famille, de mon domaine. Un symbole qui n’a pas d’égal à mes yeux. Venez avec moi, quand les heures seront passées, venez observer le soleil se lever avec moi..”


    Il murmure toujours, ponctuant sa phrase par un soupir d’apaisement, un soupir poussé tout en fermant les yeux.
    La tête ainsi tournée, son souffle chaud vient se mêler à la brise légère pour venir effleurer la peau claire d’Almarine. Comme le vent venant lécher les façades nacrées de la cité, le souffle chaud du baron traverse les quelques dizaines de centimètres les séparant pour tout juste effleurer le peu de peau qu’elle laisse entrevoir, entre ses joues et le voile qu’elle a laissé tombé sur ses épaules.

    “Avez-vous décidé ce que vous comptez dessiner ? J’ai tant hâte de vous voir à l’oeuvre, un pinceau à la main. Je vois votre regard analytique, ce regard que j'aperçois même sans lumière. Ce regard qui me scrute, qui retient chacun de mes mouvements. Ce regard qui, avant d’être offert aux étoiles, ne m’a pas quitté pendant des heures. Est-ce le regard d’une artiste ? Une oeillade jetée sur le monde pour en percevoir toutes les facettes ? Ou est-ce un autre regard ?
    Il pourrait ressembler à celui que je porte, en tant que guerrier, à l’analyse de mon adversaire. Ce jeu de pupille scrutateur qui retient les mouvements de mon ennemi, qui cherche une faille, un brèche, une faiblesse. Tout comme l’artiste qui cherche les teintes et les perspectives de son oeuvre, je cherche l’erreur dans la garde du combattant. Je joue avec le temps, je joue avec les distances, avec le regard et les mouvements. C’est ce regard qui permet de juger juste, ce regard qui permet de garder l’avantage, de ne taper qu’une fois.
    Ce soir aussi je joue avec le temps. Ce soir je joue avec les distance, aussi tristement grandes soit-elle par instant. Ce soir je joue avec les regards et les mouvements. Tout comme lors d’un combat. Et pourtant, cela n’a rien de comparable. Ce soir je suis avec vous. Et vous, vous êtes restée. Cela n’a rien d’un combat, et pourtant tout est là.. l’un à la mercie de l’autre.”


    Une main se lève pour venir, un bref instant, enrouler une boucle de cheveux roux autour de son doigt, un doux sourire aux lèvres. Quelques instants qu’il ne prolongera pas, respectueux avant la porteuse de cette crinière de flamme.
    Il inspire de nouveau, alors qu’une petite rafale fait s’envoler les brins d’herbe qu’avait arraché l’artiste, tout en décoiffant les cheveux blond du baron qui observe son invitée.

    “Est-ce que cet instant est comparable à une peinture, comme il l’est à un combat pour moi ? Je suis tout ouïe.”
    Re: Déjà, la nuit. ─ Dim 10 Juin - 15:37
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      Almarine de Servalan
      Artiste peintre
      Les yeux tournés vers le ciel, Almarine reposait comme sur un esquif navigant dans l'obscurité. Elle rit, un peu, mais plus par surprise que par moquerie :

      - Jusqu'à l'aube ? J'imagine que ce doit être merveille et je voudrais le voir, mais j'ignore toutefois si je resterai éveillée jusque-là. Nous avons à parler affaires après cela, n'oubliez pas, et je gage que nous ne serons guère d'attaque pour cela, après une nuit sans sommeil.

      Et, toute plaisante en théorie que fut l'idée, dormir à la belle étoile au milieu du parterre était peut-être encore un peu trop hardi et irraisonné, en plus d'être tout à fait inconfortable. Le romantisme certain que cela pouvait revêtir était quelque peu gâché par la rosée de l'herbe qui humectait déjà le tissu de sa robe et lui trempait le dos.

      - Vous avez néanmoins ma parole, reprit-elle avec plus de sérieux ; si ce n'est l'aube qui s'en vient, c'en sera une autre, et je viendrais avec vous la voir se lever sur vos domaines.

      Son sourire lui revint quand, tournant brièvement la tête, elle le vit s'apaiser à son tour. Les yeux se fermaient comme ceux d'un chat au repos, animés par la même langueur tranquille qui l'avait saisie depuis un moment. Plus rien, plus rien. La parole et le souffle. Elle l'écouta encore : elle se croyait être bavarde en certaines occasions, mais il l'était bien plus. Elle abaissa les paupières à son tour et son expression s'accentua pour se teinter d'un amusement curieux qui lui fit rouvrir les yeux.

      - Cela ne semble pas vous déplaire, observa-elle en scrutant sa réaction. D'ordinaire les gens n'aiment pas cela. Ils n'aiment pas se savoir observés et on m'en a souvent fait le reproche, peut-être parce qu'il n'est pas céans pour une dame d'avoir trop d'esprit ou le regard trop vif.

      On pouvait les comprendre. Les yeux d'Almarine, lui avait-on dit plusieurs fois, étaient comme des petits couteaux. Se désintéressant de la voûte étoilée, elle bascula sur le côté pour l'observer de nouveau, un bras replié sous sa tête.

      - L'idée est belle, reprit-elle. La peinture se mène parfois comme un combat, c'est vrai. Contre la matière que l'on manie, contre parfois le modèle, quand il faut le percer à jour pour trouver la forme et la couleur juste. Je n'irais pas jusqu'à dire que nous autres peintres manions le pinceau avec autant violence et de grâce que certains chevaliers de votre sorte manient le fer et l'acier, mais il y a de cela. L’œil de l'artiste peut parfois être cruel quand il débusque les choses tapies sous les apparences.

      Ses prunelles bleutées avaient retrouvé toute leur intensité quand elle parla, le visage habité par un sourire amusé. Elle n'avait pas eu conscience jusque là d'à quel point Ysomir avait capté la nature du regard qu'elle posait sur lui, et sur les choses de façon générale. Ceux qui ne s'offusquaient pas de cette attention inquisitrice se méprenaient parfois en croyant déceler un intérêt d'une autre sorte.

      - Beaucoup de choses ressemblent à des batailles. Et qu'était-ce que ce soir, sinon cela, sous une autre forme ? Vous et moi avons fini chacun à la merci de l'autre, comme vous le dites, et cela n'arrive qu'à la fin d'une passe d'armes, n'est-ce pas ? Le vainqueur de tout cela se décidera bien plus tard que ce soir, j'en suis certaine.

      Cela tenait de la bataille et de la danse, un peu : les passes, les feintes, les dérobades et les assauts subtils, les rapprochements et les écarts, les contacts et les distances. Il déplorait cette dernière, ce qui n'avait rien d'étonnant, et il n'avait pas fini de s'en lamenter.

      Les yeux, profonds comme des gouffres outremer, se faisaient songeurs alors qu'elle détaillait la façon dont le visage du chevalier se découpait dans la pénombre, sur le fond plus clair des bassins baignés par le clair de lune. Elle sentit brièvement ses doigts se saisir d'une mèche de cheveux, sans y prêter beaucoup d'attention, comme si elle s'habituait peu à peu à son contact.

      - Je voudrais vous peindre, reprit-elle après un silence, se retournant sur le dos avec une mine satisfaite et sûre. Il y a chez vous de quoi faire matière à un fort joli tableau.

      Son regard avait légèrement glissé de côté dans une œillade un rien espiègle, disant cela, déguisant le compliment sous un soupçon de plaisanterie.

      - Mais vous n'avez pas besoin de moi pour le savoir déjà, n'est-ce pas?

      Un rire un rien moqueur s'était tapi dans ses paroles. Bien sûr qu'il n'avait pas besoin d'elle pour être conscient du charme dont il usait à tort et à travers.


      Re: Déjà, la nuit. ─ Dim 10 Juin - 18:16
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      Aux derniers mots de la demoiselle, Ysomir étire un fin sourire délicat avant de laisser échapper un rire.
      Elle n’a pas tort, il sait qu’il plait. Cependant, il pourrait en abuser bien plus qu’il ne le fait, disons qu’il aime charmer, qu’il aime jouer, mais pas n’importe comment, ni avec n’importe qui.
      Tout comme lui aimait charmer, bon nombre de “grandes dames” de valacar, avait tenté de le séduire, bon nombre de père plein aux as avaient tentés de proposer la main de leur charmante fille à l’ancien commandant devenu Baron.
      Ysomir n’aimait pas qu’on lui impose les choses, il n’aimait pas que tout lui tombe déjà cuit dans le bec. En ce qui concerne l’amour tout du moins.
      Il aimait l’art de la séduction, il aimait le jeu des masques, subtil et raffiné. Le charme respectueux qui s’instaurait entre deux âmes qui se plaisaient. Mais même en ces moments là, beaucoup de femme tombait trop facilement dans ses bras.
      Ce soir c'était différent, et cela lui plaisait.

      Almarine résistait. Elle jouait aussi habilement que lui, avec les mots, les regards, les distances. Une joute maîtrisée de leur deux égos, qui refusaient de se laisser abandonner à l’autre, comme deux aimants qui se repoussent d’une part et s’attirent de l’autre. Elle aussi jouait avec lui, et une telle réciprocité enivrante était rare. Leur duel d’estime et d’égo, échange de sourire plein de malice et de distance imposée, de regard équivoque et de moqueries, de proximité insolente et de réponse mystérieuse.
      Ils jouaient tous deux au jeu de la courtoisie et de la séduction, sous cette lune claire, sous la brise légère. Ils murmurent, se rapprochent, marchent, s’éloignent, rient… depuis maintenant plusieurs heures il se tournent autour en se défiant mutuellement, comme deux vagues chancelantes qui se rapprochent l’une de l’autre et s’effondrent au dernier moment, sans se toucher.
      Une valse provocante, une danse tumultueuse de leur égo qui bouge ensemble.

      Une seule question. Qui céderai en premier ? Qui craquerait ?

      Pour Ysomir, la question était très simple. Il avait déjà perdu. Une femme aussi habile avec les mots, aussi habile avec les sens, avec les regards, les petites caresses prudes, les sourires angéliques.
      Il avait perdu depuis leur arrivée dans les jardins.. et il fallait s’avouer vaincu.

      “Que diriez vous si, en cet instant précis, je me penchais sur vous pour vous offrir un baiser digne de ce nom, un baiser comme vous le méritez ? Parce que, je pense que cela ne saurait tarder.”

      Re: Déjà, la nuit. ─ Dim 10 Juin - 19:40
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        Almarine de Servalan
        Artiste peintre
        Le rire d'Ysomir répondit au sien, comme une confirmation de ce qu'elle présumait déjà. Il ne prit pas la peine d'en dire plus, ni même de s'en défendre, parce que c'eut été inutile. Au moins n'y avait-il aucune ambiguité sur ce point et c'était fort agréable de voir qu'il ne s'en cachait point : Almarine appréciait la franchise dont il faisait preuve en la matière, ce qui laissait peu d'équivoques sur ce qu'il voulait, et ce qui était en jeu. D'autres préféraient porter d'autres masques et cachaient sous un semblant d'innocence leur attrait similaire pour les passes d'armes de la séduction ; Almarine le faisait parfois, plus pour le bien de sa propre réputation que pour de vils desseins.

        Elle sentit le silence passer sur eux, et puis les paroles qui le rompirent, et la firent sourire peut-être un peu plus que de raison.

        - Puisque nous parlions de bataille, dois-je en déduire que c'est là l'aveu de votre défaite ?

        Le ton était calme, mais ne pouvait tout à fait occulter un étonnement ravi. Elle devait bien l'avouer : que la volonté d'un autre, et surtout une volonté aussi solide que celle d'Ysomir puisse ployer devant la sienne apportait toujours son lot de satisfaction.

        Tirée de sa langueur par sa question, c'est Almarine qui se redressa pour se pencher sur lui ; dans la nuit claire comme un cristal, le contour de sa frêle silhouette se découpa au-dessus du chevalier étendu. Aussi sereine qu'un chat qui s'approche de sa proie, aussi trompeusement tranquille : ses gestes furent lents et gracieux, emplis d'un calme calculé. Au moindre soupçon, on la sentait prête à se dérober.

        - Je dois m'avouer curieuse de savoir quel baiser vous pensez que je mérite, si c'est en récompense ou en châtiment de mes réticences. Ou peut-être les deux ?

        Elle avait baissé la voix en même temps qu'elle s'était rapprochée de lui, prenant appui sur sa paume posée près de la tête d'Ysomir qu'elle fixait de ses yeux profonds et rieurs. La gorge de cygne, déliée de l'étoffe blanche qu'elle y avait drapé jusque-là, dessinait sa pâleur laiteuse jusque dans la profondeur du col qui lui dégageait la naissance des épaules et la nuque. Son autre main reposa à plat sur la poitrine du baron, légère, comme pour maintenir un semblant d'obstacle, quand elle se pencha encore un tout petit plus. C'était si facile, avec ce genre de personnes. Quand on pouvait jouer, feindre, quand rien n'avait vraiment d'importance, parce qu'on ne s'encombrait pas de sentiments si difficiles à formuler.

        Elle avait une assurance insolente dans le regard, entrevu à contre-jour dans la clarté qui s'attardait sur les parterres. Almarine n'avait pas pu se résoudre à le laisser faire. Non que l'envie manquât, mais elle ne parvenait pas à se départir de l'idée que c'était encore trop tôt.

        - Et que penseriez-vous si c'était moi qui vous le donnais, ce baiser que vous semblez tant convoiter depuis tantôt ?

        Un murmure souriant se faufila entre ses lèvres qui chuchotaient à son oreille, puis frôlèrent son visage. Elle le mettait au défi de demeurer immobile, juste pour voir, juste pour savoir s'il parvenait aussi bien à tenir ses promesses qu'à les prononcer.


        Re: Déjà, la nuit. ─ Dim 10 Juin - 20:04
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        “L’aveu d’une défaite en effet. Une défaite face à une demoiselle encore plus intelligente que charmante.”

        Lorsque la demoiselle se redresse et se penche lentement au dessus de lui, ses pupilles noisettes semblent reprendrent de l’éclat, comme une flamme éclairée par la lumière de la lune.

        Il la laisse réduire avec malice l’espace les séparants, il la laisse le provoquer sans sourciller.
        Il ne fera d’autres mouvement que de laisser l’une de ses mains se caler au creux de sa hanche, et l’autre effleurer l’une des mèches rousses qui s’échappe de la coiffure d’Almarine.

        “Quel genre de baiser ? Mais libre à vous de le découvrir très chère… Je lis dans votre regard que vous savez parfaitement ce que vous voulez. Vous en avez tout autant envie que moi, je le sais, je le sens. Et pourtant, ma parole de gentilhomme m'empêche de vous faire rouler dans l’herbe. Ma parole de gentilhomme m'empêche de prendre votre visage entre mes mains, et, en vous surplombant, de lier mes lèvres aux vôtres pendant de longue minutes. Ma parole de gentilhomme m'empêche de vous enfermer dans une bulle ardente, une bulle que seul ce baiser saurait créer. J’ai perdu, vous avez gagné, et pourtant ma parole m’empèche tout cela tant que vous n’offrirais pas sa dernière volonté à votre adversaire loyalement vaincu..”

        Il ne la lâche plus des yeux. Ce regard vif et brillant la fixe, leur regard tout juste séparés de quelques centimètres. Son souffle chaud vient rencontrer cette peau si délicate, s’écrasant contre ce cou découvert de son voile. Son visage reste sage, mais tout ce qu’il pensait plus tôt et pense toujours se lit dans son regard, sincère. A cette distance, il ne cherche encore moins à cacher ses sentiments, ses envies

        Cette peintre le surprenait sans cesse, elle savait y faire, et pour l’heure il était vaincu, à sa mercie. Et pourtant, tout bon soldat, même face à la défaite, ne cesse réellement de se battre. Ses mains, restant toutes deux où il les avait placé à l’approche de la demoiselle, se montre bien sages. Douces et attentionnées, elle ne sont aucunement déplacées et semblent simplement chercher le contact que le baron affectionne tant.

        A une telle distance, l’odeur du baron, aussi légère soit-elle, ne peut plus échapper à sa charmante compagnie. Il n’est pas du genre à porter ces parfums lourds et entêtant qu’utilise une partie de la noblesse. C’est une odeur simple, douce et légère, un mélange rappelant les senteurs d’une forêt, ou d’un jardin laissé un peu sauvage.

        Un murmure s’esquive une nouvelle fois entre ses lippes, accompagnées d’un charmant sourire comme ceux dont Almarine commence à avoir l’habitude

        “Si c’était vous qui me le donniez ? Mais toute la décision vous revient très chère… vous êtes la grande gagnante de cette bataille nocturne non ?”


        Sans jamais la quitter des yeux, et sans esquisser le moindre mouvement, le baron se contente d’une grande inspiration. Une grande inspiration qui semble comme une invitation silencieuse et intime, une invitation à s’approcher, tout comme l’air, des lippes du baron. Une invitation malicieuse et sincère, après cette soirée où ces deux âmes esseulées se sont fait confiance et confidence.
        Re: Déjà, la nuit. ─ Dim 10 Juin - 20:42
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          Almarine de Servalan
          Artiste peintre
          Almarine sentit un frisson lui courir le long de l'échine quand il lui répondit. Elle haussa un sourcil insolent.

          - Vous le savez ? Vous êtes bien sûr de vous, pour en être aussi certain.


          C'était un jeu, évidemment ; Almarine ne s'était plus guère cachée depuis un moment, pas plus que lui. Elle s'amusait de la manière qu'ils avaient d'exprimer les choses. Lui les disait, avec franchise, mais la peintre avait sa façon bien à elle de les faire savoir, plus subtilement, par le regard, le gestes, les expressions du visage et de la voix. Et de fait, pour la première fois, un soupçon de trouble devint perceptible. Ils étaient trop proches pour qu'elle puisse dissimuler la soudaine accélération de son souffle, le cœur qui battait un rien plus fort et plus vite. Elle le savait. Mince concession, alors qu'elle le contemplait toujours avec ce vague sourire de sphinx.

          - Vous avez joué loyalement, et c'est tout aussi loyalement que vous avez perdu, dit-elle, toujours aussi bas, feignant un calme souverain. Et même si l'envie me prend de vous laisser languir sur place, l'honneur me force à vous donner récompense pour cela.

          Même alors qu'il avait baissé les armes, elle persistait : qu'il sache, et c'était important, à quel point ses faveurs se gagnaient chèrement. Elle laissa filer un instant. Un silence, suspendu entre deux eaux, parce qu'elle savait qu'après cela, il lui faudrait partir. Elle avait réussi à se montrer plus déraisonnable et plus spontanée que de coutume, ce soir-là, parce que tout y avait été propice, mais elle pressentait que trop de limites risquaient à être franchies et qu'il y aurait cher à payer au lendemain.

          - Vous êtes un homme chanceux, Ysomir. D'ordinaire, il est hors de question de batifoler avec mes mécènes. J'admet faire une exception pour ce soir.


          Et puis, répondant à un élan qui émoussait sa résolution depuis un moment déjà, elle franchit lentement l'infime distance qui les séparait encore. Elle prit son temps, comme de juste, parce que la hâte n'avait pas lieu d'être et que sans l'avouer, elle tenait autant que lui à savourer le moment. Dans un éclat de lucidité, elle fut consciente de tout : le contact de sa main posée au creux de sa taille fine, là où le corsage épousait la cambrure des reins, le frôlement des doigts qui glissaient quelque part, près de sa tempe, la chaleur, le coeur battant, le souffle paisible, si paisible, comme le ressac des vagues lointaines. La paume de la jeune femme se posa sur la joue du vaincu, froissa quelques boucles blondes qui s'égaraient dans son cou, se referma pour lui faire légèrement basculer la tête en arrière alors que leurs lèvres se joignaient enfin.

          Elle avait fermé les yeux, brièvement. La brûlure et l'ivresse, aussi intenses que celles du vin. Tous les premiers baisers avaient quelque chose de différent, et de similaire à fois ; toutes les bouches embrassées depuis la toute première, tous les souvenirs, un peu entremêlés.


          Re: Déjà, la nuit. ─ Mar 12 Juin - 14:27
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          Le souffle du baron se coupa quelques brèves secondes. Quelques brèves secondes, où, après son approche plus que délicate et savoureuse, la demoiselle aux cheveux roux se pencha tout contre lui pour unir leur lèvres.

          Il savoura cet instant. Il le savoura d’autant plus qu’hormis elle, la nuit avait fait disparaître tout le reste. Il était tout les deux, dans une obscurité les protégeant de l’extérieur. Une obscurité enveloppante et qui sembla encore plus les protéger lorsque leurs lèvres se rencontrèrent.

          Un baiser. Un baiser qui sembla durer de longues minutes, les unissant tous deux. Il sentit la main douce contre sa joue, il sentit la chaleur de ses lèvres et celles de son souffle. Ses yeux se clorent, tandis que la main au creux des hanches d’Almarine se faisait un peu plus sentir, témoignage du plaisir éprouvé. La main qui jusque là effleurer les boucles rousses de sa comparse glissa lentement vers sa nuque, pour finalement trouver sa place à l’arrière du crâne de la demoiselle. Une présence légère, douce, ses doigts se mêlant à ses cheveux avec une grande délicatesse.

          L’instant paru durer une éternité, comme suspendu dans le temps, comme la plupart des premiers baiser. Mais vint finalement le moment où il sentit sa demoiselle atténuer l’intensité de leur échange, pour mettre un terme à celui ci.
          Le baron d’Aquila n’était pas de cet avis.

          Alors qu’un petit sourire malicieux se dessinait finement sur ses lippes, il courba une jambe, appuya son pied au sol, et bascula sur le côté en direction d’Almarine.
          Reprenant l’ascendant sur elle, il prend une grand inspiration, ses mains ne bougeant nullement.
          La rouquine se retrouve dos contre l’herbe, la tête reposant sur la main de son hôte.
          Tout dans ce geste, bien qu’il soit marqué de la volonté de prendre le dessus, fut d’une grande douceur et d’une étonnante fluidité, presque féline.
          Le poids d’Ysomir ne se faisait pas ressentir, celui ci s'efforçant de rester penché sur elle sans l’accabler de sa carrure.

          Le baiser se poursuit donc, quelques secondes. Précieuses secondes d’allégresse et de désir contenu. Laissé aller d’une soirée à rêver de ce baiser. Le cadre était parfait, la soirée aussi… comment espérer plus doux rêve que celui d’embrasser une femme intelligente et charmante, sous la lumière de la lune, allongée sur l’herbe luxuriante ?
          Durant le second acte de ce baiser, le baron ne pourra pas s'empêcher de laisser un petit sourire plein de malice guider ses lèvres, sans que cela n’enlève rien à la douceur et la sincérité de leur échange.

          C’est presque à contre coeur que le baron atteignit l’instant où la raison intimait aux deux amants de s’écarter. Prenant une grande inspiration finale, comme pour profiter de ces derniers fragments de secondes, il finit par rompre tout doucement le contact unissants leurs lèvres.
          Ouvrant enfin les yeux, il pose son regard sur le visage de la demoiselle. Sa main quitte lentement sa chevelure pour venir se loger dans son cou, son pouce s'avançant jusqu’à sa joue qu’il effleure, délicatement.

          Aucun mot.
          Seul un tendre sourire, discret, et les douces caresses de son pouce contre sa joue. Il l’observe, contemplateur et souriant, son visage toujours si proche du sien.
          Aucun mot, étaient-ils vraiment nécessaire en cet instant ?
          Re: Déjà, la nuit. ─ Jeu 14 Juin - 17:10
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            Almarine de Servalan
            Artiste peintre
            Dans le noir, un instant suspendu. La chaleur, le souffle, l'envie, l'infime brûlure, plus aucun regret. Un baiser comme une gorgée de vin, un fruit secret volé à la nuit et à l'intimité fugace qu'elle avait permise entre ses bras étoilés. Après cela, après cela il faudrait s'en repartir, peut-être le savait-il lui aussi, et c'était pour ne pas y penser qu'elle avait fermé les yeux. Pour l'heure, tout persistait, et à peine eut-elle fait mine de vouloir s'écarter qu'Almarine perçut l'infime mouvement qui transforma le baiser du baron en sourire. Elle n'eut ni le temps ni l'envie de réagir, et se vit basculer l'espace d'un battement de coeur, avant de sentir à nouveau le contact de l'herbe mouillée dans son dos.

            Bien évidemment, il n'avait pas pu s'en empêcher. Qui aurait pu lui en vouloir, après tout ?

            Plus par réflexe que par réelle crainte, elle avait cherché une prise à laquelle se raccrocher quand elle s'était sentie soulevée. Ses mains s'étaient crispées brièvement, l'une sur sa nuque, l'autre sur le devant du vêtement et ce faisant, elles ne faisaient que l'attirer un peu plus. Ses yeux s'étaient rouverts un instant, juste pour distinguer l'ombre qui la couvrait comme un flot de soie et de chevelure blonde, alors qu'elle sentait à nouveau se dessiner le frisson d'un sourire contre ses lèvres.

            C'eut été presque offensant de constater le peu d'efforts qu'il avait du fournir, comme si elle ne pesait presque rien entre ses bras ; c'était peut-être un peu le cas, et cela n'avait rien d'étonnant étant donné leurs statures respectives, mais enfin. Tout ne se jouait pas que verbalement, il fallait bien lui céder préséance quelque part. Cela avait été fluide comme un pas de danse ou une prise de lutte, un peu des deux tout à la fois : depuis le début, leur conversation tenait de l'un et de l'autre, si bien que cela en fit la naturelle conclusion.

            Et puis, tout passa. L'ombre reflua, Almarine rouvrit les yeux tout à fait. La paume du chevalier s'attardait sur sa joue après avoir plongé dans ses cheveux, et elle espéra vainement qu'il ne la vit pas rougir, un tout petit peu, alors qu'elle reposait à nouveau dans ses bras. Le souffle était court, soudain, et le coeur battant, du feu jusque dans les veines. Elle lui avait fait le présent d'une faveur, mais comme souvent, celles-là étaient traîtresses et voilà qu'une fois encore elle s'y laisserait presque prendre à son tour. Plus un mot, maintenant, non, plus une parole, juste le son des souffles entremêlés, la respiration brève, l'indice du brasier attisé au fond du ventre par un présent irréfléchi. Qu'il était difficile d'être raisonnable, quand il était presque trop tard. Elle devait partir, elle le savait bien, car combien de fois avait-elle cédé à des moments comme ceux-là, à des gens comme celui-là ? Et combien de regrets, après. Combien de reproches et d'erreurs, en tribut versé à quelques instants fugaces.

            Almarine demeura immobile encore un moment, juste pour se repaître de la seule sensation. Si elle le voulait, quand elle le voulait. La scansion des promesses, des paroles, des actes qui les scellaient : juste encore un instant, pour tout ce qu'il procurait de flammes et d'envie, juste pour frôler l'interdit qu'elle s'était fixé, nourrir un éphémère brasier destiné à mourir avant l'aube. Les yeux grands ouverts, un outremer dévorant, l'envie tout au fond qui y jetait une lueur d'incendie. Lui, et tous les autres.

            Les paupières lourdes tombèrent encore, brièvement. Le temps d'une résolution, un sourire vague dessiné sur ses lèvres fines, la rougeur qui s'attardait sur ses joues minces et en ôtait toute la sévérité naturelle. Elle respira, profondément, emplie de l'odeur de sa peau et des parfums nocturnes, puis le repoussa, doucement. Sans brusquerie, sans froideur, elle avait posé de nouveau sa main sur lui, la paume sur sa poitrine, presque à hauteur de coeur : elle le sentait battre sous ses doigts, une rumeur confuse. Il y avait de la douceur dans le geste, dans le sourire qu'elle lui faisait, et aucun regret, pas d'amertume pour troubler la sérénité qui était la sienne.

            Avant de se lever tout à fait, elle saisit entre les siennes la main qui avait effleuré son visage et y déposa un baiser au creux de la paume, comme un ultime présent.

            - Il me faut partir, à présent, murmura-elle. Peut-être aurez-vous votre revanche une autre fois.

            Ses traits furent gagnés par une malice rieuse qui lui fit faire une petite moue faussement innocente, et puis, bien décidée à ne pas se laisser arrêter par quoi que ce soit, elle s'en fut avec une obstination lente qui ne souffrit aucun obstacle.

            Elle s'en fut en silence dans la nuit, dérobée à l'obscurité qui avait perdu toute substance. Son pas rendu hésitant suivit à peine le tracé des dernières torches qui crépitaient dans le noir. La lune avait sombré derrière les toits, et les étoiles seules occupaient l'immensité du ciel entre les arbres. Il n'y avait plus de témoin, plus rien pour dire ce qui s'était passé : les quelques heures depuis le crépuscule furent un secret serti dans la pénombre du jardin murmurant dans la brise.

            De fait, même Benvenuto n'en savait rien, quand il vit sa maîtresse se faufiler comme un chat le long des allées. Il la connaissait suffisamment bien toutefois pour en avoir une idée assez précise, et c'était cela qui l'avait poussé à sortir de leurs appartements où les apprenties dormaient depuis longtemps. Il était allé au-devant de sa maîtresse, qu'il appela à voix basse lorsqu'il avisa sa silhouette émergeant des bosquets.

            Sans faire plus de bruit, elle s'était hâtée vers lui, et lui fut d'autant plus gré de sa présence qu'il se garda de tout commentaire jusqu'à ce qu'ils soient revenus à la chambre qu'Ysomir leur avait prêtée pour la nuit. Là, à la lueur de la lampe à huile qui éclairait faiblement les paillasses des jeunes filles endormies, Benvenuto ne put s'empêcher de grimacer un sourire : Almarine avait des brins d'herbe jusque dans ses tresses qu'une main étrangère avait dérangées, la robe froissée et le dos trempé de rosée. Les indices étaient aussi révélateurs que son expression satisfaite et un rien songeuse, quand elle se détourna pour délacer son surcot.

            Lorsque l'obscurité retomba dans la pièce, Almarine étendue sur sa couche souriait encore aux ténèbres. Souverain remède que celui-là, pour oublier Chimène. Une ferme intuition lui soufflait qu'elle n'aurait guère le loisir d'y songer les prochains jours, autant que les négociations du lendemain s'annonçaient intéressantes, quoique rendues un peu éprouvantes par une nuit trop courte.


            Re: Déjà, la nuit. ─
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