Almarine de Servalan
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Almarine de Servalan ─ Dim 24 Déc - 16:19
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    Almarine de Servalan
    Artiste peintre

    Almarine de Servalan


    "Ut pictura poesis"



    26 ans
    Originaire de île de Sairdagne, Nera
    Vassalité : Duc de Nera
    Statut social : Citoyenne
    Son métier : Erudite et artiste


    Caractère


     Almarine est le résultat de l’union improbable de deux caractères d’une force peu commune, et aussi très opposés. En cela, elle ne pouvait être autre que chaotique et contradictoire. On y retrouve, sans surprises, un peu de son père, fantasque, irréfléchi, impulsif et quelque peu capricieux ; un peu de sa sage mère, endurcie par la force des choses, dotée de cette force tranquille et inflexible qu’ont les grands arbres et les mouvements cosmiques qui vont à leur rythme lent et obstiné. Un peu cynique et pourtant idéaliste, un peu mélancolique et parfois très gaie : en résulte un mélange détonnant, un tempérament enflammé qui se fait parfois brutal et qui s’emmêle souvent les pinceaux dans les circonvolutions d’une créativité débordante, d’un esprit passionné qui s’éprend de tout et de rien. Tout est en mouvement, perpétuel, comme alimenté par la force des fracas et des confrontations, comme un orage permanent. Almarine épuise, souvent, par son agitation perpétuelle.

    C’est un être qui se nourrit des choses les plus extrêmes, qui alterne les moments de calme et les désordres les plus furieux, parce que c’est de cette énergie sans cesse produite par les alternances brusques que se nourrit son esprit. Elle se tient en permanence sur la frontière fragile qui sépare l’ombre et la lumière, danse sans cesse une pavane périlleuse entre l’orage et le beau temps, elle vit et se ravit de cette frontière incertaine qui n’appartient vraiment à aucun univers.

    Almarine aime et hait avec la même passion, les arts, les lettres, la beauté, la laideur. Pour elle, le monde ne peut être compris que si l’on en sait tout, absolument tout, les facettes et les goûts, que si l’on est capable de l’embrasser en son entier sans délaisser la moindre chose. Elle n’a pas une science infinie, cependant, mais la connaissance est pour elle un fruit délicieux, et rien ne lui plaît plus que d’apprendre, partager, sans cesse alimenter les rouages de son esprit pour y jeter plus de formes et de mots à jeter sur la toile ou le papier. Plus que le corps, c’est l’esprit qui la fait vivre, encore qu’elle ne dédaigne point certains des plaisirs qu’on peut s’offrir sans vergogne. Elle parle, beaucoup : c’est une femme qui a le contact facile, et qui n’a pas froid aux yeux. Elle est consciente de son rang, quelque peu modeste, certes, mais elle est surtout consciente des possibilités qui lui sont offertes et tâche toujours d’en profiter autant qu’elle le peut : ainsi, elle ne passera jamais à côté d’une occasion qui peut lui être offerte, de quelque nature que ce soit. Sans orgueil excessif, elle connaît sa valeur et sa place, et n’hésite pas à s’imposer ou à s’effacer lorsqu’il le faut, encore que les élans de son tempérament orageux l’amènent parfois à outrepasser les limites, emportées par ses élans qui lui mettent le rouge aux joues et le feu dans les prunelles. Plus que les unions charnelles, elle aime les conversations, les débats, les controverses, elle aime parler, passionnément, et supporte mal la solitude pour avoir toujours vécu dans une agitation perpétuelle.

    Almarine n’a jamais connu qu’une foule indistincte de visiteurs, d’apprentis, d’amis, de parents : pour elle, l’isolement est une souffrance. Elle n’est vraiment tolérable que dans le secret de l’atelier, et encore : elle n’y est jamais vraiment seule. Sans doute craint-elle de se retrouver face à elle-même, et l’agitation perpétuelle, ce rythme épuisant auquel elle s’astreint n’est au final qu’une fuite en avant pour éviter de devoir réfléchir un peu trop, et se plonger enfin dans les eaux troubles de ses propres sentiments. Elle se force à l’ignorer, mais comme son père avant elle, Almarine a trop peur de se remettre en question, trop peur de ses échecs et des incertitudes, trop peur, tout court.

    Il y a, tout au fond, derrière l’orage et la tempête, le même lac de ténèbres qui irrigue tout son être. La fêlure du père, ce mal indistinct, irraisonné et pourtant si réel est bien là, lui est passé dans le sang, et tout comme lui, elle tente en vérité de garder la tête hors de l’eau.


    Physique


    Almarine est une petite femme maigrichonne, au visage et au corps grêle et sans attraits. Elle a le physique sec et fin de ses aïeux où l'oeil chercherait en vain les rondeurs et les attraits féminins qui plaisent au regard. Elle n’est donc pas bien attirante, selon les canons en vigueur, mais elle rayonne d’une dignité princière qui lui fait parfois compenser, par la droiture du maintien, les quelques centimètres qui lui manquent.

    On lui trouve souvent quelque chose de félin, dans la démarche et l'élégance souple, emplie d'un orgueil charmant. Sans en avoir l'air, elle est de ceux qui s’imposent, s’immiscent en douce et finissent par prendre tout l’espace. Elle a du chat le sourire pointu et le regard aigu, empli d'une cruauté innocente, inconsciente, qu'aiguise sa propension à regarder les gens beaucoup trop fixement. Il y a toujours eu chez elle comme quelque chose de vif, de tranchant, qui donne à son fin visage la même beauté que l’on pourrait trouver aux objets qui coupent et aux figures géométriques, toutes en angles et en froideur.

    C’est une femme de caractère, et cela se voit : en vérité, on pourrait lire sur elle, sur son fin visage si expressif toute la palette de ses émotions, de la froideur la plus calculatrice à la passion qui l’anime et fait briller ses iris d’un éclat nouveau. Parfois, tout s’adoucit et s’émousse, le sourire éclot et ses allures de princesse des glaces fondent comme neige au soleil. Si elle peut paraître distante au premier abord, cela ne dure guère très longtemps, pour peu que l’on attire son attention ou qu’on plaise à son esprit fantasque : les passions et les frissons viennent tôt ou tard éclairer ses yeux orageux, et rendre un peu de sensualité à ces traits trop minces. En vérité, l’esprit vient en renfort de l’apparence quand elle s’anime, il y a dans ses yeux un feu nouveau, dans son allure une énergie soudaine, qui la fait passer de l’ombre à la lumière et font oublier ses disgrâces et son absence d'attraits.


    Histoire


    Il y avait de la pluie, m’a dit ma mère, le jour où je suis née. Une averse crépusculaire, de celles qui mouillent les automnes venteux de la côte, poussée par les alizées marins vers les hauteurs de la ville. Par la fenêtre ouverte, elle disait avoir vu le soleil radieux du soir se mêler aux rideaux de l’ondée et faire comme des draperies d’or liquide et de lueurs ambrés, comme si la lumière s’était soudain matérialisée dans l’eau qui ruisselait des nuages venus de l’océan. Elle s’était réveillée sur cette vision, sur la fenêtre ouverte de sa chambre qui irradiait des reflets superbes sur les toits détrempés, et déjà je dormais sur son sein.
    Je suis née ainsi, un jour de soleil et de pluie, un jour de lumière mouillée et de clartés crépusculaires tandis que soir tombait tout doucement.

    Alors, est-ce ainsi que je suis : toute faite d’obscurités fugaces et de lueurs vives, des impressions mélancoliques et sublimes de ces paysages d’automne, des frissons de la pluie sur les vagues. J’en ai les contrastes, la langueur et les contradictions.

    Ainsi commençaient les premières pages de ce carnet qui fut rempli, des années durant, de l’écriture fine et nerveuse d'Almarine. À trop fréquenter les livres, à trop vivre dans l’ombre des histoires, il lui avait semblé qu’il lui fallait revenir à la sienne, à la source et à l’origine, parce que toute histoire semble importante, et rien ne peut être trop négligé, trop infime, pour être digne d’être consigné.

    Néanmoins, il manque à cet embryon de récit quelques éléments, quelques réponses. Commençons par le commencement : au pays de Nera où elle est née, le nom de Servalan était plus souvent synonyme d'espoir chafouin que d'exploits guerriers. On n’était pas très riches, à Servalan, pas très ambitieux non plus : cette vaste famille d’intellectuels rouquins à la mine sèche et finaude ne comptait guère que quelques aïeux plus fortunés pour distiller quelques héritages cossus au fil des branchages placides de cet arbuste perdu dans les vastes futaies nobiliaires qui entrecroisent leurs blasons. On avait le goût de l’étude, du savoir et des arts et faute de jouir de richesses sonnantes et trébuchantes, ce furent de fertiles esprits qui naquirent de ce sang fécond, riches de leurs connaissances et de leur éternelle soif d’apprendre. Notaires, comptables, secrétaires, hauts fonctionnaires au service de lignées plus prestigieuses, les aïeux d'Almarine ne brillaient vraiment que par leur esprit, en vérité. Il y eut heureusement quelques artistes, ça et là, quelques poètes et musiciens, un grand-père qui se piquait de peinture, pour égayer un peu ce triste défilé de raideurs administratives en habit sombre d’hommes de lois et de dames de compagnie.

    Et puis, il y eut Florimond, le fantasque, l’artiste. Non pas qu’on le considérât mal, dans la famille, mais disons qu’il y eut toujours une mince réserve, un peu de suspicion, un brin de méfiance à son encontre, parce qu’il était décidément bien trop étrange, bien trop imprévisible, pour tout dire bien trop « lui-même » pour réussir à faire l’unanimité. Au moins ne dérogea-t-il pas à la tradition familiale : c’était un intellectuel et un esthète, dont l’esprit brillant drainait la compagnie de grands poètes et d'une foule d'artistes qui vivaient un peu à ses crochets. Lui-même se piquait d'être artiste, quand l'administration de son domaine lui en laissait le temps. Touche à tout, mais pas forcément génial, il avait le mérite de son enthousiasme perpétuel et débordant pour toutes choses, un peu épuisant à la longue, mais tellement fascinant à observer. Soline, sa femme, n’avait pas la même passion que son époux, néanmoins partageait avec lui des goûts communs, une certaine culture raffinée et splendide qui florissait avec vigueur dans leurs domaines de Sairdagne. Après tout, ce n’était pas pour rien que le choix de Florimond s’était porté sur cette demoiselle vive et intelligente dont la conversation suffisait à le ravir. Et puis, elle avait une autre qualité qui était primordiale quand il s’agissait de se mettre en ménage avec lui : une patience sans limites pour les excentricités du mari. Pour couronner le tout, elle avait le pragmatisme — et, disons-le tout net, le cynisme — essentiel à toute existence longue et fructueuse et qui faisait cruellement défaut à son mari, lequel avait, confronté aux bassesses de l’existence, la force morale d’une poule incontinente.

    Difficile donc pour Almarine de rentrer dans les clous, munie d’une ascendance pareille. De mémoire, rien ne fut jamais très banal, chez elle.

    Lorsque je peine à m’assoupir, il m’arrive de respirer l’odeur de l’encre et du vieux papier. Je me berce de souvenirs, de douces réminiscences, et je me rappelle du sourire de mon père qui peignait à la lueur des chandelles tandis que je m’endormais près du feu, au milieu de ses dessins. Je pourrais cartographier de mémoire les mers, les continents et les rivages de cet univers intérieur qu’était son atelier : des cascades de feuillets griffonnés, des toiles défaites et démembrées, des ossements de pinceaux, des mares d’encres et de peinture, des montagnes de pigments, de terres, d’ocres, des flacons aux odeurs nauséabondes et aux étiquetages mystérieux, tout cela formait comme des paysages entrevus dans un songe.

    Au rez-de-chaussée de la propriété agricole qui était leur demeure, Florimond avait installé ce qui tenait autant de la caverne aux trésors que du débarras, et que certaines âmes bien propres se seraient chagrinées de le voir appeler son atelier. C’est là qu'Almarine a passé le plus clair de son temps, bien plus qu’à l’étage qui servait de logement, à regarder son père peindre, sculpter, modeler, composer, et s’adonner à toutes les folies créatrices que son esprit pouvait engendrer. Le souvenir en très doux, la mémoire vivace, comme si le fantôme agité de Florimond hantait encore les ruines de ses fantasmagories picturales. Soline n’était pas en reste et si les arts visuels n’étaient guère sa tasse de thé, elle était habile musicienne et plus digne encore poétesse, capable de composer des vers à ravir les plus chagrins. Sous ces auspices favorables, les talents d'Almarine s’épanouirent avec vigueur et que pouvait-elle devenir d’autre qu’artiste, après cela ? Ses soeurs n'eurent pas cette chance, pour leur part. Dernière née de trois enfants, Almarine était celle dont on ne sut vraiment que faire, et qu'on livra à l'étude, puisqu'elle manifestait d'évidentes dispositions pour cela. Ses aînées étaient pour leur part destinées à devenir de parfaites maîtresses de maison. L'aînée hériterait du domaine, l'autre avait été fiancée à huit ans pour parfaire une de ces alliances dont Soline avait le secret. Quant à Almarine, eh bien, si on ne pouvait la marier, on en ferait une dame du monde, et Florimond fut ravi d'avoir une enfant toute livrée à lui et que sa femme n'avait pas vraiment le temps d'élever. Soline concentrait en effet toute son attention sur ses aînées et laissait bien plus de libertés à sa cadette, ce qui ne manqua pas d'exciter les jalousies entre soeurs.

    Ce fut pour Almarine une enfance studieuse, à l’ombre des chevalets, sous les tréteaux chargés de peintures, dans les vapeurs parfois délétères des essences et des encaustiques. Petite, elle apprit à seconder son père et passait ses journées à regarder les artistes au travail, ou bien à écouter composer les poètes.

    De tous temps, Almarine ne grandit jamais seule. Il y avait toujours quelqu’un, dans cette grande maison qui tenait du moulin : apprentis en maraude, clientèle nobiliaire et amis qui s’attardent, invités de passage et famille pressante, jamais ce n’était vraiment calme dans l’agitation perpétuelle de cette grande villa. Elle n’en conçut aucune gêne ni aucun trouble : enfant remuante, elle aimait écouter les conversations des grands, épier leurs jeux et leurs beuveries, ouvrir toutes grandes ses oreilles de gamine pour mieux comprendre ce qu’il y avait tout autour. Ce fut une petite fille très vive, un peu capricieuse et sans doute trop gâtée par son père.

    Étant la fille préférée de Florimond, les visiteurs lui prêtaient souvent grande attention, et bien plus que son père, elle savait se faire apprécier, faisait des révérences gracieuses, des mines précieuses, fut-elle pieds nus et les doigts couverts de peinture, ce qui faisait toujours beaucoup rire les hôtes étonnés de voir cette toute petite demoiselle qui n’avait pas encore perdu ses dents de lait leur faire la conversation sur ses lectures savantes et tenir tête avec un orgueil enfantin à certains d’entre eux. Nombre de grands poètes, de peintres, de collègues et d’amis cultivés de son père et de sa mère participèrent ainsi à son éducation, tandis qu’elle apprenait les lettres dans certains manuscrits que des collectionneurs fortunés s’arracheraient aujourd’hui. Longtemps, elle fut inconsciente du trésor que représentait cette enfance : tout était normal, pour elle, qui avait peu de contacts avec les autres jeunes gens. Soucieuse de sa progéniture, Soline la laissait en effet rarement sortir sans chaperon lorsqu'ils demeuraient en ville, et jamais baguenauder à sa guise jusqu’à un âge avancé. Elle n’était qu’à peine rassurée de voir sa fille s’en aller en compagnie des autres jeunes gens que patronnait son mari : la petite bande turbulente de ces garçons et filles plus ou moins bien nées n’était pas tout à fait gage de bonne conduite et de sécurité, il fallait bien l’admettre, si bien qu’elle inculqua très tôt à Almarine l’idée qu’elle était un peu au-dessus, un peu plus importante, parce qu'elle avait le sang plus bleu que les autres. Bien sûr, son père n’en fit rien, pour sa part, et se fâcha même plus d’une fois de voir quelles dignités insensées, quelle respectabilité hors de propos on essayait d’inculquer à sa fille, laquelle avait bien hérité de lui un caractère fantasque et entêté. C'était bon pour ses soeurs, ça, qui pour Almarine étaient l'archétype de ce qu'elle ne voulait pas devenir.

    Habile et attentive sous ses dehors d’écervelée, Almarine adorait mettre la main à la pâte et participer aux travaux de son père : préparer les pigments, broyer les mélanges, étendre les enduits et les apprêts, distiller les vernis et les vapeurs pour obtenir la quintessence de la couleur. Elle en conserva une connaissance encyclopédique des us de la peinture, en plus d’une pratique régulière à laquelle elle s’astreignait entre deux caprices artistiques qui l’amenèrent à toucher à la musique et à la poésie avec sa mère, et à d’autres arts. Rien ne semblait satisfaire cet âme qui papillonnait de chose en chose, créait ça et là, s’en allait plus loin découvrir autre chose, puis revenait à ses premières gammes comme si de rien n’était.

    On laissa faire, de toute façon. Que dire ? Les terres de Servalan, quoique petites, étaient assez fertiles pour maintenir les finances à flot. Intellectuel brillant et gestionnaire correct, Florimond n’était hélas pas bon courtisan ni diplomate. Il fallait souvent toute l’habileté de sa femme, bien plus rompue aux jeux de la politique, pour lui assurer parfois des arrières bien instables tant le caractère fantasque de son époux était de nature à lui attirer des inimitiés. Il eut toutefois l’involontaire vertu de passer pour tellement insignifiant, tellement inoffensif que les représailles étaient bien souvent oubliées, ou renégociées en sous-main par Soline et le reste de la famille qui mirent bien souvent leur habileté au service de la sauvegarde de leur parent. Lequel, sans le savoir, mit sa vie en danger plus d’une fois. Almarine en fut à peine consciente : des doutes s’insinuèrent néanmoins, l’âge venant, quand sa mère lui interdit parfois de sortir, ou bien fit venir l’un de ces spadassins à la lippe raide qui gravitaient dans l’orbite de sa famille.

    Je crois parfois avoir compris, dans mon jeune âge, le péril des situations dans laquelle l’inconstance de mon père pouvait nous plonger. J’ignore si cela vient des menaces que j’entendais dites à voix basse par quelques hommes d’armes égarés devant notre maison, ou bien de l’inquiétude sourde qui émanait de ma mère lorsqu’elle s’enfermait avec lui dans leur chambre pour parler de choses « importantes ». Je la voyais se dresser, fière et digne, quand mon père semblait choisir de tout ignorer, comme il le faisait avec chaque chose qui pouvait le contrarier. Tout, l’ignorance et l’imbécilité, la naïveté jusqu’à l’idiotie, pourvu qu’il n’ait à craindre, pourvu qu’il ait à souffrir. Il disait que ma mère me souillait de ses angoisses, de son sens aigu du réel : au début je le crus, je lui en voulus à elle, de ne pas entrer pleinement notre monde parfait tout plein de rêveries. Je compris plus tard à quel point j’étais dans le faux, à quel point elle en souffrit, aussi, de me voir liguée contre elle alors qu’elle tâchait seulement de maintenir un ancrage dans la réalité à cette maison qui allait perpétuellement à vaux l’eau.

    Pendant que mon père composait des sonnets sur le deuil, ma mère essorait en secret ses linges souillés par ses fausses couches. Ainsi allait notre maisonnée.

    L’âge venant, la mauvaise foi de Florimond crevait les plafonds. Plus il vieillissait, plus il s’enfermait dans son monde, refusant de voir ce qui l’entourait, refusant même de prendre acte des souffrances, des malheurs, de tout ce qui pouvait lézarder son univers si parfait. Ce n’est que bien tard que sa fille comprit que cet aveuglement forcené cachait en fait une terreur maladive du monde réel et de ses duretés, symptôme d’un mal profond et incurable qui rongea Florimond toute sa vie durant. Dans l’activité frénétique et la création forcenée, il ne faisait jamais que tenter de se guérir, ou de fuir les tourments de son esprit malade. Mais hélas, même son épouse n’en sut ni ne comprit rien de cela, et cela ne fit qu’empoisonner toujours plus leur vie de famille. Avec l’adolescence, Almarine se rapprocha beaucoup de sa mère, peut-être la seule vraiment apte à prendre en considération le simple fait que tout n’était pas rose en ce monde. Sans doute en voulut-elle à son père de l’avoir élevée avec des œillères, de ne pas lui avoir enseigné en même temps que ses beautés, toutes les noirceurs de l’âme et du monde, de ne pas l’avoir plus préparée aux déconvenues, aux écueils et aux naufrages qui attendent toute âme un peu trop bien disposée... Elle ne comprit qu’à demi, et bien tard, qu’il tentait simplement de la préserver, craignant que le mal secret dont il souffrait ait été transmis à sa fille. Sans que nul ne le sache, c’était effectivement le cas, et tous les efforts pour l’empêcher de croître furent vains.

    Soline se désola de la rancœur de sa fille, mais ne put rien faire pour l’empêcher de croître : Almarine ne pouvait plus ignorer les injustices lovées dans le fonctionnement même de leur famille jusque là si parfaite. Le mélange d’irresponsabilité et d’aveuglement de Florimond forçait son épouse à assumer toutes les difficultés, tout ce qu’il n’estimait pas relever de son monde, et elle n’avait le droit que de tout cacher et de se taire, parce que de toute façon son mari l’aurait ignoré. Almarine retint la leçon.

    Son éducation se poursuivit sous l'égide de maîtres réputés, ce qui lui ouvrit les portes de l'université des sciences de Nera. Cela lui permit autant de se détacher un peu de la tutelle de son père que de faire connaissance d'autres esprits brillants, ce qui la ravit d'autant plus qu'elle voyait s'ouvrir d'autres portes qui changeaient des horizons restreints de la Sairdagne. Il était évident qu'elle n'aurait rien de plus que la rente que sa soeur aînée voudrait bien lui accorder, aussi il fallait bien qu'elle trouve un moyen de subsistance par elle-même. Pour cela, son art et son esprit étaient ses meilleures armes, du moins l'espérait-elle.

    Je ne sais si j’ai vraiment pensé cela en ce temps, mais j’en ai le souvenir très vif : j’avais pour résolution de savoir tout du monde qui m’entourait, même les faces les plus sombres, parce que j’estimais qu’on ne pouvait pas rendre compte du réel sans en connaître tous les aspects. Je faisais ainsi de mes modèles, de tous ces portraits que j’adorais tirer, ne négligeant aucune aspérité, aucun défaut, parce que c’étaient eux qui donnaient leur réalité, leur attrait aux œuvres finales. Peut-être était-ce aussi une façon que j’avais de tenir en laisse ma peur du monde extérieur, le réduire ainsi à de grands principes universels qui donnaient leur place même aux pires choses. Cela m’aida, et cela m’aide toujours, je crois : je tiens l’horreur à distance, je la réduis à des faits, des abstractions, des concepts. Je la coule dans mes tableaux, dans mes vers, dans mes dessins. Je l’apprivoise, je la sublime, je la distille à longueur de temps, pour lui donner une forme tolérable.

    Ainsi était la théorie, ainsi ne fut pas toujours la pratique : il y a des limites à ce qu’un stoïcisme pacifique puisse endurer en matière de déconvenues et de chagrins, et Almarine eut son lot de cœurs brisés et de menues tragédies, de celles qui, paraissant sur le moment de grands drames, font répandre les sanglots avant de devenir de doux petits souvenirs pleins d’un goût nostalgique. Elle s’éprit, se soula, roula de son lit au petit matin sans savoir comment elle y était arrivée, et connut en définitive un peu de toutes les aventures et de tout ce qui fait le sel d’une jeunesse sans terribles excès. Et puis, il fallut grandir. Florimond vieillissait et n'ayant guère de rapports cordiaux avec sa soeur aînée, Almarine savait ne pas pouvoir compter très longtemps sur les maigres subsides qu'elle lui accorderait.

    Sa meilleure chance, elle s'en rendit vite compte, était de trouver une famille assez riche qui appréciât ses talents artistiques et puisse lui servir de mécène. Bien qu'elle eut conscience qu'elle se promettait d'évoluer dans des milieux qui tenaient plus du panier de crabes que de l'assemblée de gentilshommes, c'était la solution qui lui permettait le mieux de vivre dans une aisance qui lui manquerait certainement. Et puis il y avait la cour impériale, et la cour des ducs de Nera, et sans doute beaucoup d'autres : il y a bien assez de nobles gens intéressés par le savoir pour qu'elle en trouve un qui aurait la générosité de la garder dans ses bonnes grâces. Elle avait vu bien assez d'artistes et d'intellectuels vivre aux crochets de sa propre famille pour avoir bien compris comment cela fonctionnait.

    C'est donc armée d'un bagage culturel conséquent, d'une éducation raffinée et d'une solide détermination à disputer âprement sa place qu'elle choisit de séjourner un temps à Evalon, parce que la capitale de l'empire ne pouvait qu'être une source inépuisable d'opportunités.


    Compétences



  • Érudition - littérature - Niveau 2

  • Artisanat - Peinture - Niveau 3

  • Artisanat - Musique - Niveau 2

  • Étiquette - Niveau 2

  • Érudition - Musique - Niveau 1

  • Érudition - Rhétorique - Niveau 1

  • Érudition - Poésie - Niveau 2


  • Derrière l'écran



    Êtes-vous majeur ? Oui
    Avez-vous lu le règlement ?  Validé par le Ménestrel
    Comment-êtes vous arrivé sur Les Serments d'Eurate ? Via Azzura
    Une suggestion ? Plus de licornes.
    Ce personnage est-il un DC ? Si oui, de qui ? Non




    Re: Almarine de Servalan ─ Lun 25 Déc - 17:38
    avatar
    Félicitations !
    Te voila validé, tu peux dès à présent :

    ■ Te créer un [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
    ■ Faire une [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
    ■ Chercher un nouveau seigneur dans [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
    ■ Poster un sujet dans les [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
    ■ Débuter l'une des [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
    ■ De plus, tu peux demander un sous-forum pour ton domaine, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].

    N'hésites pas à passer sur le Discord (onglet ouvrir à gauche de l'écran) entre deux RP pour discuter avec les autres joueurs.

    N'oublie pas de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour nous aider à promouvoir le forum en échange de récompenses et surtout, amuse toi bien !
    Le petit mot de Chroniqueur
    comme expliqué sur le discord, nous attendons le retour de toute l'équipe Staffienne pour te valider. En attendant, je te donne accès aux rp et à la possibilité de trouver des futurs partenaires. A bientôt et bon rp à toi.
    Re: Almarine de Servalan ─ Mer 27 Déc - 15:06
    avatar
    Bonjour, bienvenue et désolé du retard ^^

    Ta fiche est très bien et la validation n'est pas remise en cause mais je vais juste revenir sur un petit point, il te reste encore 2 points de compétences à dépenser (soit une compétence de niveau 1). Ensuite tout sera parfait ^^

    Par contre pour les licornes je crains qu'on ne puisse hélas pas faire grand chose :/
    Re: Almarine de Servalan ─ Mer 27 Déc - 16:07
    avatar
      Almarine de Servalan
      Artiste peintre
      On m'a fait passer le mot hier à ce sujet ça a été rectifié aussitôt, il manque encore quelque chose du coup ou pas ? Surprised


      Re: Almarine de Servalan ─ Mer 27 Déc - 16:38
      avatar
      Ah désolé, j'avais regardé, noté ce point mais pas pu répondre dans la foulée et là je n'avais pas re-vérifié ^^
      Du coup oui c'est bon ^^
      Re: Almarine de Servalan ─
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